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Festival de Cannes 2017 : une semaine de la critique lycéenne

publié le 28 mai 2017 à 03:04 par Louisa MAZOUZ   [ mis à jour : 28 mai 2017 à 03:16 ]
Déborah, Mana, Océane, Yassine, Pierre et leur professeur d'allemand, ont passé une semaine intensive, passionnante, magique à Cannes aux côtés de critiques de cinéma dont Charles Tesson (membre du comité de sélection pour les 49e et 50e éditions de la Semaine, et nommé Délégué Général en 2011), de réalisateurs dont le Français Salvatore Lista et l’Allemand d’origine polonaise Oliver Adam Cusio, d'acteurs et ils en garderont un souvenir marqué et instructif. 

Alors que Pierre lors de son arrivée annonçait : "Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. J’espère que l’intervenant qui va nous sensibiliser à la critique nous montrera comment voir un film de manière plus profonde et comprendre la profondeur de ces œuvres, qui peuvent paraître très simples au premier abord. J’espère que l’on va progresser dans ce domaine là, en plus de prendre du plaisir à Cannes. ». Il a dorénavant une réponse concrète!

Voici quelques extraits choisis de l'interview réalisée auprès de Charles Tesson :

Pourquoi et comment est née la Semaine de la Critique ? 

Une chose importante que l’on ne sait pas nécessairement c’est que le Festival de Cannes officiel  (la compétition avec la Palme d’or) ne sélectionnait pas les films à l’époque comme on le fait aujourd’hui. Le Festival de Cannes  fonctionnait à ses débuts en 1946 sur le même système que l’Eurovision aujourd’hui : dans chaque pays, un comité professionnel choisissait le film qui allait le représenter au festival. Mais le cinéma français à Cannes a eu l’intelligence de faire venir des cinéastes jeunes, de moins de trente ans, qui ont réalisé leur premier film et qu’on a appelé la Nouvelle Vague : « Les Quatre Cents Coups » de François Truffaut, « À bout de souffle de Jean-Luc Godard » etc.  Il y avait des jeunes cinéastes non  seulement en France, mais aussi en Italie, en Pologne, au Japon. Le monde connaissait une explosion de jeunes talents. Le président du Festival de Cannes à l’époque a eu la clairvoyance de demander à l’Association française de critique de cinéma de créer une section dédiée uniquement aux premiers et aux deuxièmes films. C’est ainsi qu’est née la Semaine de la Critique en 1962. Elle était donc la première section de Cannes à sélectionner des films. C’est ainsi que le Festival mit fin en 1972 au système  décrit plus haut, et commença  à sélectionner lui-même des films du monde entier. Autre particularité de la Semaine de la Critique : ce sont des critiques de cinéma en activité qui visionnent des films en avril/mai, au moment de Cannes, pour composer une sélection. Un métier spécifique est né à ce moment : celui de programmateur. Il s’agit de professionnels cinéphiles qui ont pour vocation de voir des films et de composer une sélection.

En quoi consiste le métier de critique de film ?

On demande aux critiques de savoir à la fois ce à quoi le film aspire à être et ce qu’il est pour nous. Cela nécessite une capacité à analyser et à évaluer. Les critiques doivent évaluer ce que le film apporte dans le cinéma  d’aujourd’hui, ce qu’il dit.

Etre critique lors d’un festival, c’est parler d’un film que les lecteurs n’auront pas vu le plus souvent, à la différence de la critique des sorties cinéma hebdomadaires. On se pose la question : qu’est-ce qu’écrire une critique pour une personne qui n’a pas vu le film ? Parfois, on peut écrire  pour des réalisateurs, au sens où on rêve que le cinéaste lise notre texte et se dise : « C’est formidable ! », ou encore écrire des textes pour soi. C’est une forme d’essai littéraire qui donne lieu à une réflexion sur le cinéma.

Il m’est arrivé de voir des films en festival, d’avoir un coup de cœur et de ne pas vouloir écrire un texte sur le fond car le public ne l’aurait pas encore vu. Dans ce cas là, la critique doit donner envie de le voir, l’écriture joue le rôle d’accès au film.

Qu’est-ce qui fait une bonne critique de film ?

On peut parfois faire des critiques de  film juste sur leur discours au sens global, ou d’autres sur l’ambition de la mise en scène, se demander pourquoi le geste de mise en scène de l’image est  le point fort de l’œuvre ? Mais le critique doit choisir l’angle et l’aspect qu’il veut privilégier plutôt que de faire un bilan global. Par ailleurs, il est important d’avoir le goût de l’évaluation de la valeur du film dans le cinéma actuel et pour soi aussi. Un défaut, qui est normal, est  d’exprimer un point de vue subjectif de façon trop tangible.  Certains critiques ont parfois des réactions agressives face à un film. Je considère qu’il faut dépasser ce stade de « répulsion ». Une critique négative  doit aussi être constructive. C’est-à-dire qu’elle doit essayer d’expliquer le comment du pourquoi. C’est utile à la fois pour soi, et pour le cinéaste, qui sera certes mécontent dans un premier temps, mais qui comprendra et  remerciera le critique par la suite.  Il est également important de faire confiance à ses émotions. Mais ce n’est pas l’émotion en elle-même qui est importante, c’est l’analyse cinématographique qu’on en fait. Je dirais qu’il y a deux manières d’écrire un film : le point de vue global, dit point de vue de l’aigle (voir un film d’un certain pays et savoir ce qu’il apporte dans le cinéma de ce dernier), et la théorie du tricot (choisir un plan qui nous intrigue et faire tenir tout le film esthétiquement, formellement à travers ce plan).

De son côté, Mana exprime bien son extrême satisfaction : « C’était assez impressionnant parce que il y avait des grandes stars. Il y avait Niels Schneider, un acteur que j’adore, qui fait notamment partie du jury de la Semaine de la Critique. On a pas pu trop parler avec lui parce qu’on était pas là pour ça mais c’était bien. C’était impressionnant. Il y avait aussi Sandrine Bonnaire, et Frédéric Beigbeder et ensuite on a vu Béatrice Angrand, la Secrétaire générale de l’OFAJ. C’est grâce à elle, grâce à l’OFAJ qu’on est là, on va la remercier. ».

Le premier grand défi pour les 20 jeunes français et allemands retenus fut d'écrire une critique de film qu’ils ont vu mardi dernier au cinéma Miramar, dans le cadre de la programmation officielle de la Semaine de la Critique. L'autre étape fut de passer à la radio!

Voici une des critiques des lycéens de Condorcet :

"Hymne à l’effort"
Après y avoir été chef opérateur à deux reprises, Emmanuel Gras revient au Congo avec Makala. Dans ce documentaire, le spectateur accompagne Kabwita dans son difficile périple jusqu’à Makala dans le but de vendre son charbon.
Ce film se démarque par son rythme variable passant du temps dilaté du voyage à la frénésie de la ville qui colle au quotidien du personnage.
Cette opposition se remarque tout d’abord par le travail du son (par son format 5.1, la violence des bruits mécanique, une répétition du même thème musical) ainsi que celui de l’image (Plan séquence ainsi qu’une stabilisation marqué durant le voyage contre un montage plus frénétique lorsqu’il est en ville).

Océane sur le bateau d'Arte lors du cocktail, donné en l'honneur des 20 critiques en herbe, témoigne des temps forts de cette semaine au travers de ses impressions :

"Mon meilleur moment à Cannes, c’était l’interview avec les deux réalisateurs. On avait pu poser pas mal de questions, pour connaître leur parcours et comment ils étaient arrivés là, à la fonction qu’on voudrait nous-même avoir dans le futur. Ils étaient très sympathiques, on ne s’y attendait pas qu’ils soient aussi proches de nous. Du coup, c’était vraiment génial ! Et après, en plus de ça, quand on est allés voir le film au Miramar, le film de clôture « Brigsby Bear », nous avons pu rencontrer Niels Schneider, c’était génial. C’était la rencontre de Cannes ! J’ai adoré. Lui aussi, ils nous a parlé d’égal à égal. On a parlé de cinéma, on lui avait dit qu’on était à Cannes avec l’OFAJ, il était adorable donc ça m’a plu."

Nous comptons sur leur retour au lycée Condorcet pour nous donner chacun leur témoignage de cette semaine! Et encore bravo à eux pour avoir assurer avec professionnalisme cette semaine de la critique alors que le bac arrive à grands pas.

Et tous nos remerciements à l'OFAJ pour cette initiative de grande qualité et précieuse pour l'ouverture culturelle et cinématographique des lycéens.








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